Transition énergétique, accroissement de la population urbaine, évolution de la réglementation… Le secteur du transport fait face à des problématiques de fond et doit se réinventer pour y répondre. Si la voiture thermique était considérée comme la principale solution individuelle de déplacement, elle est de plus en plus délaissée au profits de mobilités douces, moins carbonées, et partagées. L’Etat joue un rôle pivot dans cette transition, à travers l’évolution des réglementations, tandis que les gestionnaires d’infrastructures doivent s’adapter efficacement à la demande de plus en en plus forte.

Pourquoi a-t-on besoin de changer le modèle actuel ?

En 2025, on estime que 58% de la population mondiale vivra en zone urbaine, soit environ 4,6 milliards de personnes. Cette urbanisation va entraîner des problématiques de surpopulation, d’augmentation des émissions de CO2 et d’épuisement des ressources au sein des villes. Il est donc urgent de repenser l’aménagement des zones urbaines, afin de créer pour les citoyens, les entreprises mais aussi les collectivités et gestionnaires de services publics, un environnement durable et sécuritaire.  

Le citoyen est au centre de cette réflexion. L’objectif est double : répondre à ses besoins en temps réel en garantissant son confort et sa sécurité, mais aussi diminuer consommations énergétiques et émissions (déchets, CO2) en favorisant l’émergence de nouveaux services urbains (mobilité intelligente et collective).

Le transport au centre des préoccupations

30% du CO2, aujourd’hui rejeté en France, est lié au transport. Le changement des mobilités a déjà commencé à s’opérer. Le 17 août 2015, la Loi pour La Transition Énergétique et la croissance verte (TECV) est votée en France et permet d’engranger lentement le mécanisme du changement. Fluidifier les déplacements des usagers, décongestionner les villes, réduire l’empreinte environnementale et la pollution sonore sont les enjeux clés de la mobilité pour le développement des zones urbaines de demain.
Selon une étude menée par IDC France en collaboration avec le Syntec Numérique, 93% des communes françaises ont, ou prévoient de mettre, en place des solutions pour assurer une gestion plus intelligente de l’espace urbain. Les intérêts sont multiples : renforcer le lien avec l’ensemble des citoyens en proposant des services améliorés et plus attractifs (dématérialisation des démarches, centralisation et partage de l’information en temps réel), mais aussi optimiser leurs ressources grâce à un développement plus raisonné et durable de l’espace urbain (gestion intelligente des réseaux, installation de capteurs de surveillance ou de mesures de taux de CO2).

L'État comme moteur de la transition

Jusqu’à présent, les actions menées en faveur de la TECV étaient plutôt des restrictions : interdiction de rouler en ZFE (Zones à Faibles Émissions) pour les Crit’Air 5 (voire 4 bientôt), malus écologiques appliqués à l’acquisition de véhicules, limites d’émission de CO2 pour les constructeurs automobiles… Dernièrement, la Loi d’Orientation  Mobilités de 2019 (LOM) a également posé une nouvelle contrainte aux flottes d’entreprises en obligeant, dès 2022, un quota de 10% de véhicules propres dans tout renouvellement.

Les entreprises favorisent l’émergence des mobilités douces

Cependant, le changement de modèle s’accompagne aussi de l’émergence de nouvelles activités qui encouragent chaque individu à repenser ses déplacements. La législation tend maintenant à mettre en place des mesures qui incitent à la mobilité durable. Cela passe, par exemple, par les Plans Mobilités Entreprises puisque les déplacements professionnels sont véritablement au coeur des enjeux de mobilité. L’objectif est d’optimiser les trajets des collaborateurs et les aider à s’orienter vers des transports durables. Ainsi, on aboutit à des solutions alternatives à la voiture individuelle et on voit naître au sein des entreprises, l’instauration du covoiturage et de l’autopartage, l’achat de vélo pour les collaborateurs, l’encouragement à la prise des transports en commun… et au-delà des moyens de déplacement, on s’arrange en interne pour aménager les conditions de travail pour encourager des déplacements raisonnés (ex : valorisation du télétravail, aménagement des horaires…).

La voiture reste indispensable, mais devient électrique

Mais qu’advient-il lorsque les aménagements disponibles ne permettent pas de se passer d’un véhicule personnel ? Là encore, la transition s’opère. L’Etat français promeut l’électrification des parcs automobiles en poussant les entreprises à effectuer cette transition. Il ouvre également la voie pour repenser les flottes. Ces changements vers un modèle durable ne doivent pas peser dans le budget des entreprises. Alors, de nouvelles activités émergent permettant aux gestionnaires de flottes d’optimiser ses renouvellements. On trouve aujourd’hui davantage de Fleet Management qui collectent des données précises (grâce notamment aux véhicules connectés) et, plus récemment, des solutions de conversion de véhicules thermiques en électrique (rétrofit) qui offre une alternative à l’achat.

Le réseau électrique et les infrastructures doivent accompagner le changement

Le véhicule électrique représente à l’heure actuelle l’une des solution les plus pertinentes pour combiner les contraintes des utilisateurs avec le besoin d’une mobilité plus durable. Cependant, afin que ce nouveau mode de transport puisse complètement remplacer le véhicule thermique, il est nécessaire d’adapter les infrastructures qui l’accompagnent. 

 Le premier point d’attention est le maillage du réseau de bornes de recharge. Le manque de points de recharge représente un frein à l’acquisition de véhicule électrique ; les usagers sont prêts à troquer leur voiture thermique contre un véhicule électrique si et seulement si son usage n’est pas trop contraignant. Un investissement dans le réseau est donc essentiel.

Le second point d’attention est l’accès des usagers aux solutions de recharge rapide. Aujourd’hui, il est difficilement envisageable de faire un Paris-Marseille en voiture électrique, puisque le temps de chargement est de plusieurs heures (compter une nuit). Demain, il est envisagé de proposer des temps de charge de quelques minutes seulement et ainsi, rendre possible l’ensemble des trajets en électrique. L’équipement de ce type de borne pour les autoroutes va donc devenir un enjeux majeur pour cette réussite

Le rôle des véhicules électriques dans la transition énergétique des transports est indéniable et leur nombre ne cesse de croître (on estime un parc compris entre 5,5 et 15,6 millions de véhicules rechargeables en 2035). Les véhicules sont par ailleurs stationnés 90% du temps, ce qui représente une masse importante d’énergie non utilisée. Le “Vehicle to Grid” permet d’aller puiser dans cette masse d’énergie stockée pour l’utiliser en tampon face aux pics de demande du réseau électrique. Cette solution représente donc une opportunité pour une gestion optimisée des flux d’énergie, et propose un nouveau moyen de stockage. Cela démontre à quel point l’évolution de la mobilité influence celle de l’infrastructure énergie, qui doit alors s’adapter et être tout aussi innovante. 

Conclusion

Repenser la ville et son fonctionnement en termes de mobilité et de gestion des infrastructures associées devient urgent pour répondre aux enjeux environnementaux et démographiques ; c’est là la condition de transition vers une ville plus durable et intelligente. On parle alors de “Smart City”, et “Green City”. Elles prônent une gestion intelligente des ressources pour mieux répondre aux besoins des citoyens. Cela passe par l’utilisation de nouvelles technologies de l’information, une gestion efficiente des ressources et la limitation des impacts carbones.

 

Afin d’accompagner les utilisateurs et améliorer leur expérience sur ces nouveaux services, des applications se développent, à l’instar de CityMapper. Elles permettent de rendre les services de transport plus accessibles, et ainsi contribuer au bien-être des citoyens au quotidien.

La crise du COVID-19 pourrait être une opportunité d’accélérer cette transition vers une mobilité plus intelligente. Les effets bénéfiques sur l’environnement de la baisse du trafic routier a fait prendre conscience de l’impact de la pollution et de la nécessité de repenser notre façon de nous déplacer.

Cet article a été rédigé par :

aude condamine
Aude Condamine
Consultante analyste Wavestone
tristan silve
Tristan Silve
Consultant analyste Wavestone
pauline genoni
Pauline Genoni
Cheffe de projets digitaux chez Phoenix Mobility